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Othello










Selon Bernard Decré, en plein trafic d'alcool, l'insigne à tête de mort de Charles Nungesser (debout à droite à côté de François Coli) aurait pu être pris comme une provocation par des gardes-côtes américains. : Musée de l'Air et de l'EspaceRetour en arrière. Les deux aviateurs français s'envolent le 8 mai 1927 du Bourget sur un biplan, L'Oiseau Blanc. Ils voulaient être les premiers à traverser l'Atlantique.
« Ils sont partis vers 5 h 25 avec 3 800 l d'essence. Officiellement, ils ont disparu en Manche. C'est la version qu'on nous a servie mais on n'a rien retrouvé. Dans le rapport de 1983, le commandant d'un sous-marin anglais au mouillage, au sud de l'Angleterre, du côté de l'île de Wight, déclare avoir vu passer l'avion. » Bernard Decré, marin et pilote d'avion lui-même, est convaincu que les deux aviateurs sont parvenus à effectuer la traversée mais que leur avion s'est abîmé en mer au large de Saint-Pierre-et-Miquelon. « À Terre-Neuve et Saint-Pierre-et-Miquelon d'où j'arrive, d'autres témoins les ont vus ou entendus... »
En plein trafic d'alcool
Totalement imprégné de l'histoire, Bernard Decré décrit le périple supposé comme s'il avait été à bord. « Une perturbation bloquait l'entrée du Saint-Laurent. Ils sont obligés de longer les côtes de Terre-Neuve mais la brume est épaisse. Pour se faire reconnaître, ils sont obligés de tourner autour d'un bateau. On est en pleine prohibition. Un trafic d'alcool est organisé via Saint-Pierre-et-Miquelon. Une tête de mort, l'insigne de Nungesser, orne le flanc de L'Oiseau Blanc. Ont-ils essuyé une rafale d'un garde-côte américain qui les a pris pour des trafiquants d'alcool ? Cela ne leur aurait, de toute façon, pas été fatal. Leur avion marinisé est équipé pour se poser sur eau calme. Mais pour se repérer dans la brume, il faut descendre. À mon avis, parvenus trop bas, ils ont heurté l'eau... »
Deux épaves d'avion...dans le bulletin paroissial
Un scénario de roman fruit de l'imagination enfiévrée de passionnés ? Bernard Decré s'en défend. Il assure mener ses recherches comme une enquête policière. Pour recueillir des éléments de preuves, il s'est d'ailleurs rendu dernièrement sur place. « J'ai vu tout le monde : le préfet, le maire, la direction de l'aviation civile, les Affaires maritimes, les musées, la maison de retraite... À Cancale, j'ai rencontré le neveu du pêcheur qui affirma avoir entendu un bruit d'avion puis plus rien, le matin du 9 mai vers 10 h à la sortie de Saint-Pierre. Il m'a assuré que son oncle était un homme digne de foi. »
Trouvaille de dernière minute : un bulletin paroissial de Saint-Pierre de 1928 contenant des informations intéressantes. On y apprend que deux morceaux d'épaves d'avion ont été découverts cette année-là. « On m'a envoyé copie du document. Reste à vérifier si des photos ont été prises... L'une des épaves aurait été transférée aux USA. Curieusement on ne trouve pas trace d'un courrier le mentionnant. Des pièces d'archives relatives à cette époque semblent aussi absentes. Quand on met cela en relation avec la présence accrue, à partir de juillet 1927, de cotres douaniers américains à l'endroit présumé du crash... c'est troublant. Étaient-ils à la recherche de l'épave ? » Bernard Decré n'écarte pas l'hypothèse d'une bavure que des raisons supérieures auraient imposé d'étouffer. « Bien sûr, on n'en a pas la certitude mais... »
Jean-Charles MICHEL.