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Le Tour 2008 va partir de Bretagne. En tant que Breton et cinq fois vainqueur de l'épreuve, vous avez dû être largement associé au projet ?
Je savais qu'il y avait une proposition de la Bretagne pour un départ du Tour. C'est une première qu'une région accueille un grand départ. Une belle manière de se promouvoir à travers le monde. C'est aussi pour cela qu'il y a une étape le premier jour plutôt qu'un prologue. L'organisation a modifié pas mal de choses : il n'y aura donc pas de prologue, ni de bonifications aux sprints intermédiaires ni à l'arrivée. On espère que cela va donner une course très animée. Tout le monde a sa chance de prendre le maillot jaune le premier jour. C'est l'occasion de tester quelque chose de nouveau.
La ville de Brest n'avait pas accueilli le Tour depuis 1974...
Brest est davantage tournée vers la mer mais, cette fois-ci, elle va faire fort ! Les Brestois vont peut-être être un peu frustrés de ne pas avoir un prologue. Mais la présentation des équipes devant la mairie, sur la place de la Liberté et le défilé des coureurs dans la rue de Siam vont être des moments très sympas. Cette initiative montre aussi le dynamisme de la région. Ce n'est pas parce que l'on est à l'Ouest, tout près de l'Amérique, qu'il ne faut pas faire de promotion à travers le monde. 186 ou 187 pays vont reprendre les images, 900 journalistes vont suivre le Tour. Le département de la Vendée, par exemple, a beaucoup misé sur la communication sportive avec plusieurs départs du Tour, mais aussi le Vendée Globe. Un dynamisme départemental qui a créé des emplois.
Qui voyez-vous dominer la course cette année ?
On peut avoir Cadel Evans, deuxième l'an passé, mais qui n'est pas un attaquant. Il y a aussi Alejandro Valverde qui vient pour gagner le Tour. L'Italien Damiano Cunego sera à surveiller. Il y a aussi la famille Schleck et notamment Andy, qui va découvrir le Tour mais qui, à 23 ans, a déjà pris une place de dauphin sur le Tour d'Italie en 2007.
N'est-ce quand même pas dommage que le vainqueur du Tour 2007, l'Espagnol Contador, ne soit pas au départ à Brest (son équipe Astana n'a pas été retenue par les organisateurs) ?
Ce n'est pas un problème. Il a choisi le mauvais camp. C'est son choix, pas le nôtre. Deux ans de rang, l'équipe Astana a trompé le Tour. C'était logique qu'elle reste à la maison. C'est à eux de prouver qu'ils peuvent mériter une invitation pour 2009. Le fait d'écarter une équipe sur laquelle on a eu des doutes donnera à réfléchir aux autres.
Depuis 10 ans, le Tour est gangrené par les affaires de dopage...
On parle beaucoup du vélo... J'aimerais aussi qu'on parle des autres sports. Le vélo est un sport populaire qui se déroule sur la voie publique. On ne peut pas interdire aux médias de venir au bord de la route. C'est plus simple d'interdire un accès aux stades. Quand j'entendais en 2006, Sepp Blatter, le président de la FIFA, dire que les contrôles sanguins ne servaient à rien dans le football, cela pose question... Cela veut-il dire qu'il autorise le dopage dans son sport ? Normalement, il devait y avoir des contrôles sanguins au championnat d'Europe, j'attends les résultats. Ce serait bien de traiter tout le monde sur un même pied d'égalité.
On peut toujours parler d'inégalité entre les sports, mais on ne peut pas nier que la plupart des champions cyclistes des dernières années ont été touchés de près ou de loin par des affaires de dopage...
Le cyclisme a peut-être voulu laver plus blanc que blanc et, du coup, il se retrouve particulièrement exposé. Mais il vaut mieux voir cela que de voir des joueurs de foot mourir sur un terrain en se disant qu'il avait un problème cardiaque. C'est peut-être vrai, mais il y avait peut-être aussi autre chose. Il faut que le grand public soit au courant de tout cela. Au final, qui peut dire qu'il y a plus de dopage dans le vélo que dans d'autres sports ? Personne. Après, bien sûr, c'est plus dur de trouver des sponsors qui répondent qu'ils ne veulent pas donner de l'argent à des drogués. Mais ils vont bien donner ailleurs... Je me pose des questions sur la télé allemande qui n'a plus souhaité diffuser le Tour, mais a eu moins de scrupules pour la Coupe du monde de foot 2006. Qu'on ne s'acharne pas plus sur le cyclisme que sur d'autres sports.
Est-ce plus compliqué aujourd'hui qu'il y a 10 ans pour trouver des étapes et des partenaires sur le Tour ?
On n'en a jamais eu autant ! Il y a 4, 5 ans, 90 villes étaient candidates pour 30 villes étapes (départ et arrivée). Aujourd'hui, on en a 250. Il y a 10 demandes pour le grand départ. On n'a jamais perdu personne au bord de la route avec entre 15 à 18 millions de spectateurs.
Vous avez parlé des favoris du Tour, mais vous n'avez pas parlé des coureurs français...
C'est à eux de prouver qu'ils peuvent être à la hauteur. Il y a des places à prendre ! Un ou deux peuvent viser le maillot vert mais surtout des étapes. Quand on n'a personne capable de s'imposer au sprint, on agit avant ! Il faudrait peut-être les exciter un peu en donnant 75 % du salaire et des primes au résultat. En Italie ou en Espagne, ils ne sont pas payés de la même manière. Les Français s'entraînent, mais est-ce avec la bonne intensité ? Pour les épreuves de 150 km, ils sont présents ; à 180 km, ils sont en difficulté, à 200 km, ils ont disparu... C'est trop facile aussi de se réfugier derrière le dopage. Il y a deux ans à Paris-Nice, les étrangers allaient faire 70 à 80 km après les étapes, ce n'était pas le cas des Français. Milan - San Remo, c'est 300 km ! Sylvain Chavanel, cette année, dit que l'entraînement paie. C'est un coureur qui a des grosses capacités, il aurait pu en gagner d'autres avant. Il y en a qui s'entraînent très dur mais qui ont des petits moteur. D'autres ont des moyens et ne font pas le petit effort qui leur permettrait d'aller au-dessus des autres. Est-ce que les coureurs ne devraient pas être rassemblés à un endroit pour mieux les surveiller pour les séances d'entraînement ?
N'avez-vous jamais eu envie de monter une équipe pour mettre en application vos principes ?
Personne ne signerait avec moi ! A part peut-être des étrangers... Je serais beaucoup trop exigeant. Je trouve très bonne l'idée de l'équipe américaine, Slipstream, d'être basée en Espagne et de regrouper tous ses coureurs. Le vélo est un sport individuel où l'on court collectivement, or on ne s'entraîne pas ensemble. C'est quand même décevant qu'un Français n'ait pas gagné le Tour depuis 23 ans. Et même si on n'a pas forcément le champion exceptionnel, on peut se poser des questions. Les champions attirent les champions. On l'a bien vu ces dernières années avec la natation. Le vélo, c'est dur mais pas plus dur que de travailler à l'usine. On se débrouille bien dans les autres sports, alors pourquoi pas dans le cyclisme ? La piste n'a pas ce souci. Il faut trouver le champion. Pour l'instant, on ne l'a pas... On a pourtant des bons juniors et après ils disparaissent.
La vie de Bernard Hinault en 2008, c'est quoi ?
Je fais du vélo ! Entre deux et cinq sorties par semaine. J'avais arrêté pendant 20 ans, mais depuis qu'on a mis notre exploitation agricole en location, je m'y suis remis. Il faut s'entretenir un peu ! Et puis le vélo reste une passion. Le vélo, c'est ce que j'ai su faire de mieux dans ma vie. C'est là que j'ai encore du plaisir, c'est la chose la plus importante. Même si quand on fait une cyclosportive, c'est inné, je me reprends vite au jeu. ASO (Amaury sport organisation) me prend entre 100 et 120 jours par an pour un rôle de relations publiques. Cela me permet de défendre mon sport et de transmettre. C'est aussi mon rôle en tant qu'ancien coureur d'expliquer la course et de transmettre le savoir.
Recueilli par
Céline GOURMELON.