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Hervé Laurent à la Cité de la voile Éric Tabarly : « C'est grâce à lui que nous, les skippers, nous avons pu faire de la course au large notre métier. » : Thierry CreuxSuprématie française
« 23 m de long, 32 tonnes... Pen Duick VI était conçu pour être mené par un équipage de seize personnes, reprend Hervé Laurent. Cette transat fut assez infernale par ses coups de vents en Atlantique Nord. Tabarly a fait demi-tour à deux reprises. C'est dire si ça cognait fort ! Mais finalement il a remis le cap dans le bon sens. Et il a gagné. Une démonstration de maître. » Qui établissait la suprématie française, sportive et technique, dans la course au large en solitaire.
La route d'Hervé Laurent, deux Vendée Globe au compteur et adhérent historique à la section voile du foyer laïque de Lanester, a croisé celle d'Éric Tabarly, régulièrement. Quand, en 1997, Yves Parlier ¯ « un bon copain » ¯ prépare la transat Jacques Vabre qu'il va courir (et gagner), en double, avec Éric Tabarly, il invite Hervé Laurent à bord. « On a passé une semaine à s'entraîner dans le golfe de Gascogne. Quand j'y pense encore, c'était quand même hallucinant d'être réveillé par Tabarly pour aller prendre son quart. On n'y croit pas ! »
Tout en puissance
Le trio fait escale à Lorient. Hervé Laurent invite Tabarly à dîner, chez lui. « Il n'était pas vraiment bavard. Mais, en cercle restreint, il se lâchait un peu. Il nous en a raconté de ces histoires de mer, incroyables. Une fois, il s'était échoué sur la barrière de corail, en Polynésie. Il s'en était sorti en envoyant le spi. Et ça a marché ! Il n'y avait que lui pour oser des trucs comme ça, car il savait ce qu'il faisait. D'autres auraient explosé leur bateau. »
Une autre fois, c'est Hervé Laurent, encore inconnu des palmarès, qui doit appareiller du ponton à Saint-Pierre et Miquelon. La manoeuvre est délicate. Car il y a du vent et il ne faut pas abîmer le monocoque de Monsieur Tabarly, amarré à couple. « Visiblement, son équipage s'inquiétait de mes compétences, s'amuse encore Hervé Laurent. Sauf lui, Tabarly, qui m'observait, les bras croisés, sans dire un mot. Quand tout à coup, il a dit à ses gars : « Ne bougez pas, sa manoeuvre, c'est la bonne ». N'entendre que cela, c'était déjà une superbe reconnaissance. »
Le skipper lorientais retient encore une image, parmi tant d'autres, du grand marin. Celle d'un homme tout en puissance. « Je me souviendrai toujours de cet instant dans la Route du Rhum quand il m'a doublé, à fond, sur Côte d'Or, l'ancien Paul Ricard. Il était à la barre, stoïque, sans broncher, recevant paquet de mer sur paquet de mer, une eau froide du mois de novembre, regardant droit devant lui. C'était ça toute sa force, imperturbable. »
Charles JOSSE.