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Hervé pêche la palourde dans la Petite Mer de Gâvres depuis toujours : « On plante le croc bien en avant et on tire d'un seul trait. » Un héritage à protéger
Deux... trois... quatre palourdes sont repérées au premier coup d'oeil dans l'amas caillouteux de sable et de vase. Vite rincés dans une flaque d'eau voisine, les coquillages révèlent leur robe. « Celle-ci, avec des stries, c'est la palourde naturelle, la vraie. L'autre, sans rayures, lisse au toucher, c'est la fausse... mais tout autant naturelle », s'amuse Hervé.
La Petite Mer est un écosystème accueillant. Propice à la croissance des coquillages. Coques, huîtres, bigorneaux s'y plaisent. Même la palourde japonaise, échappée des élevages lointains, y a élu domicile, explique Hervé. « Il faut protéger cet endroit. Comme nos grands-parents ont su le faire. » Surtout les grands-mères. Quand la pêche en mer ne nourrissait pas toujours leurs marins, elles puisaient ici de quoi améliorer le quotidien.
Ces dames, dos courbé, ont gratté sans compter. Au croc ou à la cuillère. « Ça fabrique des sols mous, aérés, qui favorisent la reproduction du coquillage, explique Hervé. La palourde fuit les sols durs ; elle n'y respire pas. » Et, bon sens, les mamies replantaient les jeunes palourdes pour les laisser grandir, en paix. Du développement durable avant l'heure.
Le soutien des élus
La palourde reste encore une source de revenus, modestes, pour certaines familles. L'association SOS Petite Mer, à laquelle adhère Hervé, leur rachète le kilo 9 € et le revend 11 € à des grossistes. Elle assure ainsi un complément de revenus « aux plus démunis ». Des retraités, des chômeurs, « des étudiants », souligne Hervé. Le bénéfice, petit, une fois les maigres frais couverts, permet de faire des dons (500 €, 1 000 €) aux associations d'entraide locales.
Hélas, la commercialisation des coquillages est réservée aux professionnels. Hervé et ses camarades se battent pour que le droit coutumier soit reconnu. Il l'est par l'Europe. Mais pas par la France. Réconfort : Michel Grall, député, et Muriel Jourda, maire de Port-Louis, l'ont affirmé samedi à l'occasion de la fête samedi : « Nous sommes très attentifs au maintien de cette tradition. »
Charles JOSSE.
Photos : Thierry CREUX.
A sa tête : Chantal Dufief, qui sera bientôt rejointe par son mari, Philippe.
Ouest-France