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Une photo de Jacques Bathias et d'Élisabeth, son amie allemande en 1943. : DR Les hasards de l'existence sont parfois étonnants. Comme ceux que vit aujourd'hui Jacques, un Vannetais de 86 ans. Il vient de retrouver sa petite amie allemande, connue en 1943, celle qu'il ne pensait jamais plus retrouver, cet amour interdit par le Reich entre une Allemande et un Français. Depuis sa dernière lettre datée de fin 1944, Jacques n'avait plus jamais eu de nouvelles de son idylle. Le temps était passé par là, le livre de leur amour s'était refermé. Et le voilà qui soudain se rouvre.
Cette histoire réelle est racontée dans un livre qui sort cette semaine, Un amour à Berlin (1), signé Laurent Guillet, un historien morbihannais : l'auteur est sorti de son simple rôle de chroniqueur pour une enquête qui l'a mené du Morbihan aux archives allemandes. À la demande de Jacques, qui s'interrogeait sur ce qu'avait pu devenir son amie allemande, Laurent Guillet a mené l'enquête. Elle a débouché sur une rencontre aussi improbable qu'inespérée. « Parce qu'il faut toujours y croire », explique Laurent Guillet.
Réquisitionné par le STO
Tout commence avec un simple récit. Jacques, réquisitionné en 1943 par le Service du travail obligatoire (STO), a tenu un carnet de bord secret et confidentiel, jusqu'à son retour en France, en mars 1944. Avec ce petit carnet, Jacques vient à la rencontre de l'historien Laurent Guillet lors d'une séance de dédicace. « Il m'a confié son histoire, sa rencontre avec Élisabeth, me disant qu'il n'avait jamais su ce qu'elle était devenue », explique Laurent.
À l'époque, en 1943, les raids aériens alliés détruisent petit à petit la capitale du Reich. Entre les bombes, la guerre qui se rapproche de l'Allemagne, Jacques et Élisabeth deviennent amis, vont au cinéma ensemble, sortent et se lient de plus en plus. Jacques travaille dans une usine Siemens, comme Élisabeth, qui lui glisse un jour un billet doux. Surprise : le petit billet, de couleur rose, écrit au crayon à papier, a été gardé précieusement par Jacques qui le possède encore en 2008 ! Un signe qui ne trompe pas. Histoire d'un long et tendre baiser au milieu d'un monde qui chavire dans l'enfer de la guerre.
Toujours la même adresse
Laurent Guillet secoue ciel et terre, fait appel à son réseau d'informateurs en Allemagne et finit par tomber sur une adresse correspondant au nom d'Élisabeth. Aussi incroyable que celui puisse paraître, c'est toujours la même adresse qu'habite la petite amie de Jacques, depuis 1943, dans le secteur de Berlin-Spandau : l'amoureuse de 1943 est toujours en vie, toujours au même endroit. Malgré la guerre, les bombes et l'invasion soviétique de 1945.
La vie est passée par là, Élisabeth s'est mariée avec Walter. Elle est aujourd'hui veuve. Dans sa mémoire qui se brouille un peu avec les années, elle écoute Laurent Guillet, venu la voir à Berlin. Essaye de comprendre. Commence à réaliser, après 62 années de silence complet. Laurent Guillet lui remet des photos de Jacques, qu'elle pose à côté de celles de son mari. Silence et regard vers la photo.
Élisabeth s'assoit d'émotion dans son petit appartement berlinois. Se tient la tête, comme si le ciel lui tombait dessus. Le soir venu, elle reçoit un appel téléphonique de Jacques, à qui elle peut de nouveau parler après 66 années. La dernière fois, c'était en 1943 ! Beaucoup de choses à se dire, et pourtant des mots qui ont eu du mal à sortir.
Éric de GRANDMAISON.
(1) Prix de vente 18,50 €, dans les librairies et grandes surfaces ou auprès de l'auteur, Laurent Guillet, Trévelo, 56220 Limerzel. www.laurentguillet39-45.net
les vendredi 22 et samedi 23 août.
Ouest-France