« J'embarque à 4 h et je reviens à midi. » Laurent Le Clanche est son propre patron à bord du
Père Marcel, un ligneur en bois de 7,30 m, coque blanche et lisse vert foncé, construit en 1971.
« Je l'ai acheté d'occasion il y a cinq ans, à Belle-Ile, pour boucler mon temps de navigation. » Car le marin n'a pas toujours été pêcheur.
« Seulement depuis 1980. Avant je travaillais dans le bâtiment. » Encore un an ou deux, et Laurent Le Clanche, 61 ans, posera sac à terre, à Lomener, son pays.Aujourd'hui, au menu, c'est aiguillette. Un joli poisson argenté, au corps très allongé ¯ jusqu'à 90 cm ¯ et reconnaissable à son fin bec planté de petites dents pointues.
« Je la pêche à la palangre dans les courreaux de Groix, de la pointe est de l'île jusqu'à Etel, explique Laurent Le Clanche.
L'aiguillette est là, à riper la roche, en banc, à seulement 1 m sous la surface parfois. » Elle y chasse de petites proies pélagiques, nageant entre deux eaux, tels les sprats. Miam-miam !Le patron-pêcheur a appâté ses quatre ou cinq lignes en faisant route vers ses lieux de pêche.
« Des morceaux de maquereau, coupés en languettes. » 5 h 30, la première palangre est posée,
« au lever du jour, le meilleur moment, le poisson a faim à son réveil, comme nous ». Les 70 hameçons sont mouillés à 1,50 m sous l'eau, le long de la ligne elle-même suspendue à des bouées ballons en surface.La première palangre est relevée deux heures après avoir été posée.
« Parfois je refile une ligne ou deux. Mais ça dépend, précise Laurent Le Clanche.
Après 9 h, généralement, le poisson ne travaille plus. Le soleil est trop haut. Alors je rentre. » Cap sur Keroman, où le patron débarque lui-même les caisses d'aiguillettes, triées et lavées, en utilisant l'une des petites grues bleues installées bord à quai. Puis le
Père Marcel retrouve son ponton, en face, au quai du
Pourquoi Pas ?. Et s'il manque un hameçon sur une ligne,
« on répare ».Yann GROAC'H.
L'aiguillette, ou orphie commune, possède de nombreuses arêtes, surtout dans la queue. Leur teinte vert émeraude ne change rien à la chair, assez goûtée. Cette couleur est due à des pigments, inoffensifs.
• Recette :
Les aiguillettes, ça se matelote