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Patrick Allanic, charpentier marine de Concarneau devant le Somme II. Sur le sol de l'aire de réparation navale de Keroman, l'ancien massif d'étambot donne l'impression d'être passé par les flammes. Noirci, le bois fait charbon. « C'est le mérule, un champignon » assure Patrick Alllanic en pelant le chêne de ses mains. « Le bois perd toute sa résistance mécanique. » Et le trou pour l'arbre d'hélice, pourquoi marquer le coup monsieur le charpentier ? « Ben, c'est simple : c'est comme mettre le bouquet sur un carré de cheminée. C'est un instant symbolique dans la construction d'un bateau. »
Monument historique
Les 17 mètres du Somme II, construit en 1949, sont classés monument historique. Le conseil général de la Somme veut en faire un bateau pour le tourisme, en baie de Somme. Montant de la rénovation, 710 000 €. Et c'est Pascal Le Fur, patron de l'Agence menuiserie Bretagne (AMB), qui a obtenu le marché, deux ans de travail à désosser et à refaire dans les règles de l'art le navire dans ses plus petits détails. « Nous montrons qu'à Lorient nous savons tout faire, tout ce qui flotte, pas que les bateaux gris ou les navires de courses au large. Bien sûr, il faut construire de tout. Et le Somme II, c'est deux ans de boulot avec parfois une quinzaine de personnes sur le chantier ».
Pour le moteur, il a fait appel à Georges Madeline, des ateliers Normand, mécanique et chaudronnerie. « Le Somme II est équipé d'un moteur Baudouin de 1948 de 5,6 tonnes. Énorme. Il y a 20 exemplaires de ce type : 150 CV à un régime moteur très lent », souligne avec passion le mécanicien. « Ces moteurs bien entretenus sont inusables. Ce sont des moteurs de cargo. Aujourd'hui, on fabrique des moteurs bien plus légers, qui tournent plus rapidement. Sur ce moteur, nous refaisons à l'identique la segmentation et les joints. Nous retouchons aussi la quille qui est habillée de ferraille et la partie cabestan. Pour nous, le chantier du Somme II, ce sont 600 heures de travail. »
Christian GOUEROU.