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Le 5 février 2006, à Saint-Tugdual, une foule bouleversée assiste à une cérémonie devant la chapelle Saint-Guen, détruite le 30 janvier après des rites satanistes. : Archives Ouest-FranceLORIENT. - 30 janvier 2006. Saint-Tugdual, commune du centre-Morbihan, se réveille sous le choc. La chapelle Saint-Guen, joyau d'art roman classé monument historique, a été ravagée par un incendie au cours de la nuit. Dans les ruines encore fumantes, on découvre des symboles sataniques : croix renversées, 666...
Quinze jours plus tard, près de Nantes, les gendarmes interpellent Amandine, 20 ans, et Ronan, 27 ans. Le jeune couple, effrayé par la médiatisation de l'incendie, a brutalement quitté la petite maison qu'il louait depuis quelques mois à Saint-Thurien (Finistère), pour se réfugier dans la famille du jeune homme. Devant le juge d'instruction, ils revendiquent avec fierté l'incendie. « Si c'était à refaire, je le referais », lance, à l'époque, la jeune femme.
Croix gammées sur des tombes
Deux ans ont passé. Le jeune couple s'est marié. Et a totalement changé de ton. Ils ont « honte de tout le mal qu'on a pu faire », ont-ils expliqué, hier, devant le tribunal correctionnel de Lorient, où ils comparaissaient libres. La justice leur reproche dix-sept infractions, surtout des profanations, commises dans les huit mois qui ont précédé leur interpellation.
Tout commence en juin 2005 à Rennes, où Amandine est en formation. Elle vole « par curiosité » un crâne dans un cimetière. Quelques mois plus tard, dans les Vosges, la jeune femme trace des croix gammées sur des tombes juives et des croix renversées sur des sépultures catholiques.
Fin 2005 : Amandine rejoint Ronan en Bretagne. Tout s'accélère. À Lannion (Côtes-d'Armor), Mellac et Saint-Thurien (Finistère), ils tracent des symboles néonazis et sataniques sur des dizaines de tombes. À Lanvénégen, Guiscriff (Morbihan), ils dégradent des chapelles. Après l'incendie de Saint-Tugdual et leur fuite en Loire-Atlantique, ils volent un crâne (à Vertou) puis des vêtements sacerdotaux (à Clisson). La dernière profanation s'achève par une relation sexuelle sur un drap mortuaire, dans une chapelle.
« Logique d'autodestruction »
Point commun de tous ces faits : les mises en scène. Toujours morbides. Souvent sataniques et néonazies. Fascination ? « On a retrouvé chez vous des insignes SS et un drapeau nazi », relève Agnès Lazès, la présidente du tribunal. Ronan conteste la thèse des parties civiles - dont le Mrap - qui voit en eux des extrémistes. « Nous n'étions ni antisémites ni satanistes, assure Amandine, considérée comme l'inspiratrice des profanations. Nous étions dans une logique d'autodestruction. En nous en prenant à la religion, c'est le fondement de la société qu'on visait. » Pris dans une spirale morbide, le jeune couple dit qu'il aurait été « jusqu'au suicide ».
Une version contestée par le procureur. Il croit plutôt à une « volonté de casser et de choquer » sur fond d'idéologie « malsaine ». Il a demandé quatre ans dont deux avec sursis contre Ronan, cinq ans dont trois avec sursis contre Amandine, ainsi qu'une mise à l'épreuve de trois ans pour chacun d'eux. « Ils ont déjà fait six mois de détention provisoire, il n'y a aucun intérêt à les renvoyer en prison », estime, pour sa part, Pierre Guillon, un des deux avocats de la défense. « Ils ont évolué, il n'y a pas de risque de récidive. » Jugement le 30 juin.
Jean-Baptiste GAUDEY.