Le gazole cher touche toute la filière
Un chalutier de 46 m de la Scapêche consomme 2,2 millions de litre de gazole par an. Un chalutier artisan de 16 m consomme environ 280 000 litres. Pour l'un et l'autre, le poste carburant compte pour un tiers du chiffre d'affaires, voir plus selon la rentabilité des bateaux. : Archive Thierry Creux
Atlantique, Manche, Méditerranée... le mouvement contre le carburant cher gagne les ports, les uns après les autres. Lorient attend l'annonce du ministre pour décider la grève ou non.
Hier, les chalutiers côtiers étaient en mer. À traquer la langoustine dans le sud de Groix et de Belle-Ile. Les pêcheurs de Keroman ont déjà donné de la voix en mars. Ils ne peuvent pas vraiment se payer le luxe de rater de nouvelles marées. D'autant que le joli crustacé donne bien (4 à 5 tonnes par jour en criée ; 10 tonnes en fin de semaine) et que les prix ne sont pas mauvais (7 à 8 €/kg pour les petites tailles).
Ce n'est donc pas exactement le moment de garder les bateaux à quai, malgré la cherté du gazole. Le litre était à 0,72 € hier. Mais, selon l'annonce que fera le ministre de l'Agriculture et de la Pêche ce matin, les Lorientais pourraient cependant rejoindre le mouvement de colère. Qui, il est vrai, s'étend désormais aux trois façades maritimes de la France.
À Paris, aujourd'hui
D'ailleurs les chalutiers hauturiers de Keroman, qui pêchent loin en sud-Irlande, sont restés à quai hier. Morgane, Virginie, Vivaldi ou Astéries ont préféré retarder leur appareillage d'une journée, dans l'attente justement d'une mobilisation locale, ou non, ces prochains jours. Un fileyeur, Femmes de légende, a décidé de stopper sa pêche au rouget et de rentrer au port hier soir. Par solidarité. À peine arrivé à Keroman, une banderole devait être tendue à bord, dénonçant le plan Barnier.
Liliane Carriou, présidente du comité local des pêches, participe ce matin, à Paris, au comité de suivi mis en place quand la crise a éclaté en novembre-décembre. C'est à l'issue de cette réunion que le ministre Barnier devrait faire son annonce. Mais quelle annonce ? s'interrogent bon nombre de professionnels, peu enclins aux promesses.
Bruxelles vient tout juste de donner son aval au plan Barnier... de janvier (310 millions sur trois ans), déjà insuffisant. Les contrats bleus, eux, n'ont toujours pas reçu le feu vert de la Commission quant à leur compatibilité avec les règles de la concurrence.
La rémunération qu'en retireraient les armements pourrait pourtant atténuer sensiblement le poids du gazole dans leurs comptes, en plus des efforts déjà entrepris pour consommer moins de carburants. Pendant ce temps-là, le prix du baril flambe...
Charles JOSSE.
Ouest-France