Édition du vendredi 29 juin 2007

Le germon se pêche en boeuf

Les premières paires de chalutiers pélagiques ont quitté Keroman cette semaine pour traquer le thon blanc, au large du Pays Basque.

Cap sur le Fer à Cheval, zone de pêche clouée face à Saint-Jean-de-Luz. À vingt-quatre heures de route de Keroman. L'Annytia, 17,50 m, coque blanche, et son frère jumeau, le Carmalia, coque foncée, viennent d'entamer leur campagne de thon blanc, aussi appelé germon.

« À cette période, on le trouve par 40 m à 50 m de profondeur, explique Éric Guygniec, 41 ans, patron de l'Annytia. Le germon travaille en fonction de la température de l'eau, entre 16 °C et 20 °C. La journée, il creuse, la nuit, il remonte. Il suit sa nourriture. » Poissons, crustacés et calmars, le germon aime chasser à l'aube et au crépuscule.

L'Annytia et le Carmalia, commandé par Xavier Le Floc'h ¯ « on travaille ensemble depuis plus de dix ans » ¯ pêchent en boeuf. Leurs bateaux tractent ensemble un seul et unique chalut, dit pélagique, parce qu'il évolue, gueule béante (40 m d'ouverture verticale), entre la surface et le fond. Là où, justement, nage le thon, en famille. La matte, disent les pros.

Le banc est repéré au sonar. Commence la course-poursuite ! « On accélère, embraye Éric Guygniec. On passe de 3,5 noeuds [6,5 km/h] à 4 voire 5 noeuds [9,2 km/h]. Pour coincer la matte entre les deux bateaux, distants d'environ 250 m. Le germon sent le risque. Il ne se laisse pas capturer comme ça ! »

La partie peut durer deux ou trois heures. Les patrons-pêcheurs n'ont pas le droit à l'erreur. Un coup de barre mal senti, une vitesse réduite trop tôt, et hop, le germon, rusé, plonge. Adieu ! « Le poisson joue entre les bateaux, il cherche à s'échapper, jusqu'à ce qu'il fatigue. » Le germon, épuisé, recule, le chalut le rattrape... et l'attrape.

Quinze tonnes, c'est « idéal », confie Éric Guygniec. « Les poissons, 10-15 kg pièce en moyenne, ne s'écrasent pas les uns les autres dans le chalut. La qualité est vraiment bonne. » Une petite partie des captures alimentera le marché, local, du frais. Mais l'essentiel finira dans les conserveries espagnoles. Olé !

Yann GROAC'H.

Le germon nage en permanence, expliquent les spécialistes, pour alimenter ses branchies en eau fraîche. S'il s'arrête, il meurt d'asphyxie.

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Ouest-France

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