« On ne cherche que le gros merlu. De 1,8 kg à 2,5 kg. Pour le prix. » Patrick Carriou, 52 ans, travaille au large,
« à 40 milles [74 km]
ou 60 milles [110 km]
des côtes »,
« de Saint-Nazaire à Penmarc'h », avec son fileyeur blanc surligné de bleu : l'
Amour de la mer, quel joli nom, est le plus grand fileyeur de Keroman. 20,60 m de long, six hommes à bord,
« 5e bateau de ma carrière, acheté d'occasion à Brest, il y a cinq ans ».Après la saison de sole, passée aux Sables-d'Olonne avec d'autres collègues lorientais, l'
Amour de la mer remonte vers la Bretagne au printemps. On change le matériel de pêche. Débarqués, les filets trémail à trois nappes, dans lesquels se poche le poisson plat. Embarqués, les filets droits à nappe unique, où le merlu va se coincer les ouïes.
« On fait deux marées de 10-11 jours par mois, explique Patrick Carriou.
On revient à terre tous les 3-4 jours pour vendre à la criée du Guilvinec et on repart aussitôt en mer. » La journée commence à 4 h.
« On met à l'eau deux séries parallèles de 125 filets chacune [50 m le filet].
Il nous faut une heure environ pour tout filer. »Fonds durs,
« de la caillasse », jusqu'à 140 m de profondeur, les filets barrent la route du merlu affamé.
« Il avance la gueule grande ouverte pour chasser sa boëtte, de l'anchois, du chinchard...
C'est un vorace. » 14 h,
« on croche dedans », dit Patrick Carriou pour résumer huit heures de boulot à relever les filets et démailler les captures. De quoi raidir les bras et le dos, malgré le vire-filet automatique et la table de tri dressée à mi-hauteur.500 kg dans les cales,
« c'est une bonne journée ». À répéter vingt fois dans le mois. Sauf aux grandes marées, au-dessus de 90 de coefficient.
« On rentre. Car les courants sont trop forts. Ils couchent les filets sur le fond. » Repos du marin, vacances du merlu.Yann GROAC'H.
Le merlu, dit du Nord (du golfe de Gascogne jusqu'en Norvège), est capturé au chalut, au filet ou à la ligne. L'Espagne (60 %) et la France (30 %) sont les deux principaux pays exploitant ce stock.
• Recette : le merlu à l'armoricaine