Le requin peau bleue est armé de dents, disons... bien affûtées. Aïe ! C'est pourquoi Stéphane Kergrene, 33 ans, ne prépare pas ses palangres avec du fil de touriste. Le patron de
La Gâvraise II, 12 m, coque bleu marine et passerelle blanche, utilise de la chaînette pour gréer ses hameçons.
« C'est du costaud », assure-t-il, amusé, un oeil sur la mâchoire musclée de sa proie du jour.Stéphane Kergrene est le dernier pêcheur lorientais à traquer le peau bleue.
« Les gars ont abandonné au fur et à mesure, parce que ça ne rapportait pas gros. » Sans concurrent, il n'a pas de souci pour écouler sa marchandise, en criée.
« Mais, précise-t-il,
ça reste un complément de production, l'été. » En plus des filets à lotte ou à merlu.La
Gâvraise sort à la journée relever les lignes mouillées la veille. Départ de Keroman vers 3 h, cap sur
« l'ouest de Belle-Ile » ou
« à 15 milles [27 km]
dans le sud de Groix », à trois heures de route. Stéphane Kergrene et ses trois marins posent une vingtaine de
« palangres flottantes » à
« 20 m - 25 m de la surface ». Le peau bleue rôde à cet étage de la masse d'eau en cette saison. Affamé de maquereaux ou de sardines.Mais ce que le requin préfère, c'est l'encornet, matin et soir. Hélas pour lui, malin, Stéphane Kergrene en a boëtté tous ses hameçons,
« 10 par ligne ».
« J'ai essayé avec du chinchard. Ça marche nettement moins bien. L'encornet travaille mieux dans les cou-rants. On a attrapé jusqu'à huit animaux sur la même ligne, notre record », se souvient le patron-pêcheur.Toutes les palangres sont remontées à la main, par bâbord.
« Faut être deux pour hisser les plus grosses bêtes à bord. On doit les gaffer. » Parfois l'animal se débat encore.
« Si on le tient bon par la tête, ça va. Puis on l'assomme. » C'est le requin-marteau ?Yann GROAC'H.
Le peau bleue s'approche des côtes l'été. Mais moins près qu'avant, disent certains pêcheurs. Le requin serait effrayé par le bruit des scooters des mers ou des puissants canots pneumatiques.
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