Comme tous les poissons des grandes profondeurs, le sabre noir n'est jamais présenté entier sur l'étal du poissonnier. Son allure, peu avenante, calmerait l'appétit du consommateur. C'est pourquoi il est vendu en filets, préparés dans les ateliers de mareyage de Keroman.Mais avant d'arriver à Lorient, le poisson subit une première transformation à bord des chalutiers de la Scapêche.
« On lui coupe la tête en premier, car ses dents très acérées - certaines mesurent 1,5 cm de long - entailleraient un doigt sans souci », explique Dominique Montfort, 50 ans, ancien patron passé capitaine d'armement de la Scapêche.Les trois chalutiers de 45,80 m -
Mariette Le Roch II,
Jack Abry II et
Jean-Claude Coulon II - traquent le sabre principalement à l'ouest de l'Écosse.
« Nous nous limitons à huit tonnes par marée de huit jours, pour ménager la ressource, précise Dominique Montfort.
Cela nous permet de gérer la pêcherie sur toute l'année. »Étêté, étripé, lavé, légèrement glacé, le sabre est mis en caisses, fermées, de 25 kg, stockées en cale à - 2 °C. Les bateaux débarquent à Lochinver. Les caisses sont rapatriées à Keroman, en moins de 48 heures, par camions frigorifiques qui embarquent sur les ferries à destination de Cherbourg, Caen ou Roscoff. Les relèves d'équipage, elles, se font par avion.Janvier est un mois abondant.
« On pêche le jour ou la nuit, ça dépend, note Dominique Montfort.
Par exemple, le sabre donne moins quand il y a beaucoup de soleil. Et on pêche bien quand c'est la pleine lune. » Et la météo, tout là-haut dans le nord ?
« Mauvais la moitié du temps, jusqu'à très mauvais deux mois par an. » Hardis les gars !Yann GROAC'H.
Le sabre noir se reproduit vers les Açores puis migre vers l'Écosse, explique Dominique Montfort. L'animal évolue entre 400 m et 1 200 m de profondeur sur les pentes des volcans sous-marins. Il y chasse les petits poissons qui se regroupent dans les mélanges d'eau chaude et froide.->>
Recettes : Anita Conti a fait du sabre un « vrai » poisson