C'est un étrange poisson. Sans écaille, au corps comprimé et à la bouche protractile d'un acrimonieux éternel. D'ailleurs le saint-pierre grogne, dit-on. Mais il en faut nettement plus pour repousser Philippe Lannezval, 46 ans, patron du
La Tour d'Auvergne, chalutier vert et blanc de 18 m de long.
« J'aime pêcher le saint-pierre. C'est un poisson noble et on en tire un bon prix. » Y a pire cauchemar !Fin janvier, Philippe Lannezval a fait un joli coup. Plus de 200 kg débarqués à Keroman, au terme d'une marée de trois à quatre jours à sillonner le golfe de Gascogne.
« On travaille dans l'ouest de l'île d'Yeu, près du plateau de Rochebonne, à 95 milles [175 km]
de Keroman. Le saint-pierre s'y concentre, à la limite des zones rocheuses, par 80 m de profondeur environ. »A bord, le saint-pierre est traité avec grand soin. Lavé, trié par taille et mis en caisse, protégé de la couche de glace par un film plastique, le poisson arrive nickel à la criée. Mareyeurs ou poissonniers, selon les traditions, les uns préfèrent un poisson livré vidé, les autres un poisson plein.La journée, la
Tour d'Auvergne chalute sur le fond pendant trois à quatre heures. Le saint-pierre y vit seul ou en petit groupe, au voisinage de la roche. La nuit, le poisson se soulève de quelques mètres au-dessus du fond. Malheur à lui ! Philippe Lannezval connaît les comportements nocturnes de l'animal. Le patron-pêcheur a réglé son chalut un peu plus en hauteur.
« Grâce au netsonde. » Une sonde qui permet de mesurer l'ouverture verticale (la gueule) du chalut et la distance le séparant du fond. Et hop, dans le filet !Yann GROAC'H.
Le saint-pierre possède une belle tâche noire sur chaque flanc. C'est, selon la légende, la marque des doigts de l'apôtre Simon Pierre. Il aurait attrapé le poisson à la demande du Christ pour lui retirer une pièce d'or de la bouche. Le saint-pierre s'appelle aussi poule à Lorient et yar vor (poule de mer) en breton.
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La recette : Aux pommes de terre croustillantes...