Rade environnement revendique un port propre
Arc-en-ciel sur les cuves de Kergroise et les silos du port. L'industrialisation de la rade de Lorient, comme celle des autres villes portuaires en Europe, se heurte au changement de mentalité. « Plus question de chèque en blanc », avance Rade environnement. : Thierry Creux
Deux ans après sa création, l'association poursuit son bonhomme de chemin, attentive à l'industrialisation de la rade de Lorient.
Créée à l'été 2005, lorsque le projet d'usine de clinker de Cimarmor avait choisi le haut de l'avenue de Kergroise pour s'installer, Rade environnement compte à ce jour 150 adhérents. Didier Loncle, président de l'association, fait le tour des questions environnementales de la rade, à l'heure de l'assemblée générale d'hier soir. Cimarmor, le retour ? Est-ce un vieux serpent de mer ou bien verrons-nous un nouveau permis de construire pour une usine de clinker dans les mois qui viennent ? Pour Rade Environnement, aucun doute : Cimarmor tentera à nouveau de s'implanter à Lorient. « Le préfet nous a prévenus que Cimarmor avait arrêté le dossier en l'état au mois de mai 2007. Mais que l'entreprise préparait un projet plus intégré à Kergroise. Il reste un espace qui appartient à la chambre de commerce juste à côté de Céméroc. Elle pourrait l'utiliser. Nous n'allons pas crier au loup. Tout dépendra du projet... » fait savoir Didier Loncle qui prévient au passage : « Nous serons attentifs au bruit et à la poussière à l'arrivée du premier navire transportant du ciment pour Céméroc. »Le plan de prévention des risques (PPR) du port de Kergroise. Ici, cuves de carburant et silos de céréales côtoient des entreprises qui travaillent le bois ou des pneus. « Nous souhaitons le développement d'un port propre, avance Didier Loncle. Si, il y a 30 ans, cela ne posait pas question d'installer des cuves de carburant en plein centre-ville, aujourd'hui, les mentalités ont changé. À ce jour, même dans un endroit isolé, personne n'en veut. » Rade Environnement préconise un pipeline à partir du port afin d'éviter les 130 camions citerne de carburant qui roulent sur la pénétrante. « Cette voie est à 50 000 véhicules/jour. Il y a un danger réel en pleine ville. » Toujours à propos du plan de prévention des risques, Didier Loncle s'interroge sur le zonage : « Le périmètre de zonage qui concerne le risque de boil over ¯ explosion des cuves de carburant ¯ aurait été changé. Il passerait de 852 m, ce qui nous amenait presque jusqu'à la place Nayel, à un boil over en couche mince, environ 170 à 200 m. » Les boues de dragage du port : « Nous avons envisagé un moment d'aller devant le tribunal administratif afin de faire appliquer les directives européennes », note Didier Loncle. L'idée a été abandonnée. Mais l'association continue de s'opposer au clapage des boues au large de Groix. Elle doute de la pertinence du choix économique des navires « panamax » dans la rade. « S'ils veulent dépenser l'argent public à cela, tant pis. Mais déverser les boues devant Penn Men, non. D'autre part, ce n'est pas normal que l'on disperse les boues polluées du Scorff là où les pêcheurs vont travailler. » Le sable et Lafarge. Très tôt, Rade Environnement a rejoint le collectif du Peuple des dunes, qui lutte contre le projet d'extraction de sable du cimentier Lafarge. « Oui, il faut développer la rade de Lorient. Mais que cela n'empêche pas un autre développement. Nous ne voulons pas finir comme Fos-sur-Mer. » Il cite le nombre d'emplois créés, « sept emplois pour le sable au Rohu ! Ils veulent du sable gratuitement alors que c'est un bien public. On dit non. Alors, extraire du sable, oui, mais pas à 20 m de profondeur et à 3 km du trait de côte. Il faut aller chercher le sable bien plus loin et plus profond. » Le président de Rade Environnement pose la question de l'urbanisation à outrance de la côte. Pour lui, il est urgent de former les professionnels du bâtiment à des filières qui utilisent des matériaux alternatifs.Norbert Métairie et Rade Environnement. L'association a rencontré le maire de Lorient et président de l'agglomération lundi 17 septembre. « Nous avons des approches communes des problèmes de la rade. Mais le maire est soumis à des pressions que nous, association, nous ne rencontrons pas. Il est obligé de rester prudent et c'est normal. Pour ce qui est du permis de recherche sablière, les élus vont demander une expertise indépendante. »Christian GOUEROU.
Ouest-France